ORBAN, EUROPE’S NEW STRONGMAN

Paul Lendvai

Autriche

  • Parution : 16 octobre 2017
  • Editeur : C Hurst & Co Publishers Ltd
  • Pages: 224

Through a masterly and cynical manipulation of ethnic nationalism, and deep-rooted corruption, Prime Minister Orbán has exploited successive electoral victories to build a closely knit and super-rich oligarchy. More than any other EU leader, he wields undisputed power over his people. Orbán’s ambitions are far-reaching. Hailed by governments and far-right politicians as the champion of a new anti-Brussels nationalism, his ruthless crackdown on refugees, his open break with normative values and his undisguised admiration for Presidents Putin and Trump pose a formidable challenge to the survival of liberal democracy in a divided Europe. Mining exclusive documents and interviews, celebrated journalist Paul Lendvai sketches the extraordinary rise of Orbán, an erstwhile anti-communist rebel turned populist autocrat. His compelling portrait reveals a man with unfettered power.


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Paul Lendvai is a Hungarian-born Austrian journalist who worked as a correspondent for the Financial Times for more than two decades. He is the author of Hungary: Between Democracy and Authoritarianism; Inside Austria: New Challenges, Old Demons; and Blacklisted: A Journalist’s Life in Central Europe.

Discours de l’auteur à l’occasion de la remise du Prix du livre européen 2018

« C’est un moment étrange lorsqu’un Autrichien, Hongrois de naissance, parle dans l’enceinte du Parlement européen – et doit donc avant toute chose choisir une langue d’expression. J’ai toujours considéré que le hongrois était une langue luxueuse, parfaitement adaptée à la poésie, à l’amour et aux jurons – à l’instar du polonais, dans certain un sens. Mais j’ai considéré qu’il serait exagéré de vous soumettre à un discours en hongrois.

Dans un second temps, j’ai imaginé parler en qualité de « nouveau-né autrichien ». Ayant vécu soixante ans en Autriche, peut-être devrais-je m’exprimer en allemand ? Mais en dépit de leurs nombreuses qualités, les Hongrois sont dotés d’un accent particulièrement épais. Que vous soyez cardinal ou multimillionnaire, comme George Soros, importe peu. Vous savez immédiatement d’un individu qu’il est hongrois lorsque vous l’entendez.

J’ai donc décidé de recourir au langage le plus communément parlé entre ces murs, à savoir le mauvais anglais. J’espère que vous me le pardonnerez.

Avant toute chose, je tiens à remercier ceux qui ont inventé et fondé ce prix. Je me souviens encore clairement de ma courte rencontre en Allemagne avec Jacques Delors, qui joua un rôle absolument crucial dans l’histoire moderne de l’Europe. C’est un grand honneur pour moi de recevoir ce prix, dont j’étais certain qu’il serait attribué à un Français. Las, ce prix fantastique a été remis à un Autrichien d’origine hongroise…

Vous avez mentionné les dangers qui menacent l’Europe, et je voudrais commencer par ces mots. Je perçois, à la suite de ma discussion avec Géraldine Schwarz lors du déjeuner, l’existence d’un contraste marqué entre les jeunes et les personnes plus âgées de notre continent. Cela ne change rien au fait que nous devons parler un même langage de tolérance, de liberté, dans le cadre d’une Europe libérale. Toute personne dotée d’un cerveau et d’un cœur doit être en faveur de l’Europe, et militer pour un monde véritablement cosmopolite.

C’est un grand honneur de recevoir ce prix. A ce stade, je dois souligner que mon livre n’est en rien un acte d’accusation émis à l’encontre d’un politicien hongrois. Il consiste plutôt en une analyse dépassionnée et factuelle de la montée du plus talentueux et du plus dangereux des politiciens hongrois. Orbán a embrassé le nationalisme comme un outil efficace de récolte des votes. Mais l’Union Européenne est la première institution au monde à avoir financé une campagne contre elle-même, contre ses valeurs, contre sa raison d’être.

Mes amis hongrois sont surpris de la tiédeur avec laquelle cette campagne contre l’Union Européenne a été reçue. J’ai, personnellement, failli être assassiné par les nazis hongrois, puis jeté en prison par les communistes hongrois. Le nationalisme et le racisme ont causé deux guerres mondiales. Plus que jamais, nous devons rester éveillés. Le testament politique de Jacques Delors est qu’il est nécessaire de se battre pour l’Europe à travers des actes, et non pas seulement d’un point de vue rhétorique. A ce propos, je suis très heureux de constater la présence ici de députés autrichiens qui affirment des valeurs de tolérance et de liberté.

Vous avez mentionné plus tôt Stefan Zweig. Il est la raison de ma présence ici aujourd’hui. En effet, c’est sur Stefan Zweig que j’ai donné mon premier cours magistral, en tant que jeune socialiste en Hongrie. Plus tard, je me suis rendu dans l’Albanie d’Enver Hoxha. Eh bien même dans ce pays, il était possible de trouver des traductions des œuvres de Stefan Zweig. A cet égard, il est très intéressant que Stefan Zweig soit aujourd’hui redécouvert. Les gens le lisent, les gens le citent. En Autriche, un pays de contradictions majeures, il est aujourd’hui possible, à Salzburg, de nommer une place en honneur de Stefan Zweig. Stefan Zweig était un grand européen, et dans sa correspondance avec Romain Rolland, chaque lettre révèle davantage son amour de la liberté et de l’Europe. Il se suicida, comme vous le savez, au Brésil. Alors que je m’y trouvais il y a de nombreuses années, accompagné d’une délégation, je me suis rendu à Petrópolis. Mais il n’y avait rien là-bas – à l’exception notable d’une plaque commémorative. Il y a donc une plaque à Petrópolis et une place à Salzburg.

Je pense qu’il est significatif que Krzysztof Warlikowski nous ait présentés et, en tant que Président du jury, nous ait remis ce prix. Toute ma vie est liée à la Pologne. En 1957, je suis me suis rendu à Vienne depuis la Pologne. Mes amis se sont battus pour la démocratie en Pologne, et je connaissais personnellement des personnes comme Bronisław Geremek ou Adam Michnik. Et c’était toujours un honneur de voir l’un de mes livres publié en polonais. Le livre qui nous occupe aujourd’hui s’apprête d’ailleurs à être publié en polonais, après avoir été traduit en roumain, en allemand, en hongrois et en anglais. Je suis d’accord avec le Président du jury : il est extrêmement important de se battre pour la culture, pour les livres, et contre ce que l’on appelait dans le passé « la tentation totalitaire ». Il nous faut résister à la séduction de ces hommes forts, qui semblent être en mesure de tout donner, de tout réussir, sans jamais en payer le prix.

Il me semble aussi important d’évoquer l’un des plus grands succès en matière d’éducation, la Central European University. Cette université privée grâce à laquelle entre 11 000 et 12 000 Polonais, Hongrois, Russes, Allemands, pouvaient étudier ensemble, a été chassée de Budapest par le régime actuellement au pouvoir. C’est avec un grand sentiment de fierté que j’ai vu le chancelier d’Autriche, le maire de Vienne et plus globalement l’establishment politique autrichien – à l’exception d’une part significative de l’extrême droite – se montrer désireux d’accueillir cette université à Vienne.

L’un de mes amis les plus chers était François Fejtő – dont le nom continue à être écorché par les Français. Je l’admirais beaucoup, car à l’âge de 75 ou 76 ans, il continuait à avoir des maitresses. Je me disais alors que je pourrais l’imiter, mais je n’y suis jamais parvenu ! François Fejtő est un auteur qui a su relier la France, la Hongrie et l’Europe centrale. Et je me rappellerai toujours de l’une des œuvres-clés de la littérature politique moderne, à savoir « La trahison des clercs », par Julien Benda. Julien Benda, en 1927, voyait déjà clair : toutes ces prédictions se sont réalisées. En 1967, quarante ans plus tard, Jean Améry, qui n’était pas français, mais juif autrichien, torturé par les nazis, a écrit l’un des meilleurs et des plus passionnés livres sur cette époque. Il a introduit un nouveau chapitre dans ce genre de littérature et écrit la préface d’une nouvelle édition de « La trahison des clercs ».

Je voulais vous dire, en toute honnêteté, que je suis très touché et très heureux d’avoir vécu assez longtemps pour recevoir un prix en compagnie de Géraldine Schwarz et de Philippe Sands, qui sera à Bruxelles demain, et qui a écrit un livre fantastique.

Je vous remercie. »