Courlande

 

 

couverture courlande

Biographie

Jean-Paul Kauffmann est né en 1944. Journaliste au Matin de Paris dès 1977, puis grand reporter à L’Evénement du Jeudi, il est enlevé à Beyrouth avec Michel Seurat le 22 mai 1985 et libéré trois ans plus tard, le 4 mai 1988. En 1994, il crée la revue L’Amateur de cigare. Ecrivain, il a publié L’Arche des Kerguelen (Flammarion, 1993) ; La Chambre noire de Longwood (La Table Ronde, 1997) qui a reçu le Prix Fémina essai, le Prix Roger Nimier, le Grand Prix Lire-RTL, le Prix Jules Verne et le Prix Joseph Kessel ; La Lutte avec L’Ange(La Table Ronde, 2001) et 31, allées Damour - Raymond Guérin 1905-1955 (La Table ronde / Berg International, 2004).
En 2002, Jean-Paul Kauffmann reçoit le Prix de littérature Paul Morand remis par l’Académie française.

 

 

Résumé
La Courlande, pays de nulle part ? Longtemps occupée par les Soviétiques, interdite d'accès jusqu'en 1991, cette contrée des confins bordée par la mer Baltique surgit aujourd' hui intacte avec ses ciels infinis, ses forêts, ses plages désertes et ses châteaux en ruine détenus naguère par les barons baltes, descendants des chevaliers Teutoniques . Poursuivant une très ancienne  histoire, Jean Paul Kauffmann a succombé à l'attraction de cet ailleurs, dernière écluse entre le mon,de slave et le monde germanique. Il s'agit aussi de retrouver la trace d'une jeune Courlandaise, d'un chercheur de tombes, d'un monarque français...
Retrouver aussi un pays, autrefois une anomalie historique, aujour-
d'hui à la recherche  de son âme.

 

 

Extraits

«Quand je ne connais pas, je suis pour une forme d’indifférence. C’est l’essence même de la civilité. Telle était sa conduite. En fait, elle était très sociable: ‘je porte une masque pour marquer de la distance’. Quand on la connaissait, le masque tombait et son apparente insensibilité disparaissait tout à fait.»  

«Sur l’essentiel je n’ai pas été surpris. L’éblouissement est venu des détails, des circonstances. C’est sans doute pour cela qu’on voyage: pour l’accessoire, le fortuit. (…) Je sais que ce voyage est inutile parce que tu connais déjà le pays, mais enfin, tu ramèneras peut-être des détails, du stupéfactoire. C’est cela que je veux, tu m’entends: de l’inessentiel!» «Jamais… Les histoires d’amour ont besoin de ces mots définitifs pour qu’on ne les oublie pas.»

«L’obstacle de la langue pèsera tout au long de ce voyage. En même temps, la quasi-impossibilité à communiquer par les mots deviendra enfin assez fructueuse. Le langage par signes et mimiques amuse et déride l’interlocuteur, à plus forte raison dans un pays où les habitants font naturellement preuve de réserve et se barricadent contre toute intrusion. Incapables de faire le premier pas, ils sont néanmoins ravis de voir l’étranger prendre l’initiative. Alors les défenses tombent aussitôt.»

 

 

Critiques
En souvenir d'un amour de jeunesse, l'écrivain Jean-Paul Kauffmann arpente une province de Lettonie dont on se demande si elle existe bienA ses trois années d'enfermement au Liban, l'ancien otage du Djihad islamique n'a jamais consacré un livre, refusant de devenir l'écrivain de son calvaire, le prisonnier de son passé. Il a fait le choix, plutôt que de la noircir, de tourner la page.
Et pourtant, cela fait un quart de siècle que Jean-Paul Kauffmann n'en finit pas, filant sans cesse la métaphore, de s'évader dans des lieux toujours plus sinistres, solennels et carcéraux, d'accoster sur des rochers de haute solitude battus par les vagues et les vents. C'est ainsi qu'il est parti pour l'Arche des Kerguelen, les bien nommées îles de la Désolation, et s'est enfermé, à Sainte-Hélène, dans la chambre noire de Longwood où mourut Napoléon. Même lorsqu'il posa son baluchon au milieu de la forêt des Landes, ce fut pour mieux célébrer, dans «la Maison du retour», le troublant bonheur de vivre en contemplatif, hors du temps, loin de tout et de tous, captif des grands pins, des vieux livres et de lui-même. L'auteur de «la Lutte avec l'ange» semble chercher les no man's land qui favoriseront son voyage intérieur. Né en 1944, Jean-Paul Kauffmann est membre de l'Académie du Vin de Bordeaux, du Souvenir napoléonien et de la confrérie Jean Nicot. Il a reçu le prix Paul-Morand de l'Académie française.
L'improbable Courlande ajoute, désormais, à sa géographie intime. Cette région de l'actuelle Lettonie, coincée entre la mer Baltique et le golfe de Riga, a été jadis un duché vassal de Pologne, puis annexée par la Russie, occupée ensuite par les nazis avant d'être conquise par l'Armée rouge. Aujourd'hui, «elle n'a plus d'existence propre». C'est un pays de nulle part, où les ports dégorgent des carcasses rouillées de sous-marins soviétiques, où les plages sont désertes et les forêts, obscures. Des châteaux en ruine et des manoirs à l'abandon rappellent l'époque lointaine des chevaliers Teutoniques et des barons baltes, mais aussi l'exil de Louis XVIII dont les courtisans reproduisaient, à Mitau, l'étiquette des Tuileries. Marguerite Yourcenar a trouvé là, sans y mettre les pieds, le décor crépusculaire du «Coup de grâce».
Au volant d'une Skoda rouge, un havane dans sa poche, Jean-Paul Kauffmann arpente, sans se presser, ce «pays de la désolation heureuse» dans l'espoir de trouver la trace de Mara, une Québécoise d'origine courlandaise que ce «libertin puritain» aima dans sa jeunesse et n'a jamais oubliée. Elle évoquait un peu Marthe Keller qui fut justement, dans «la Demoiselle d'Avignon», feuilleton télévisé des années 1970, la princesse Kristina de Kurlande, dont s'éprenait l'ambassadeur Louis Velle. Kauffmann traverse des villes monumentales et vides, entre dans des prisons du KGB qui offrent aux rares touristes de vivre «une expérience extrême», se demande combien de «malgré-nous» alsaciens sont morts sur ces champs de bataille, boit du vin «d'une rudesse féodale» et pique-nique, dans une lumière cendrée, sur des terres désaffectées.
Tout en digressions désabusées, plein d'une érudition sans emploi, condamné au fiasco des énigmes irrésolues, «Courlande» est un beau livre mélancolique sur la dérive des sentiments et la traversée des apparences. Si André Dhôtel ne l'avait trouvé, il aurait pu s'intituler «Le pays où l'on n'arrive jamais». Les journalistes s'y perdent; seuls en reviennent les écrivains.
Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur le 7 mai 2009

Jean-Paul Kauffmann et le pays qui n'existait pas
A quoi reconnaît-on un écrivain ? Parfois, à sa capacité de faire de la littérature avec très peu de chose. Dire que Jean-Paul Kauffmann est parti de rien pour son dernier livre serait excessif. La Courlande existe bel et bien, on peut le vérifier dans le dictionnaire : c'est une province de Lettonie, bordée par la Baltique, qui a connu une histoire tourmentée. Mais enfin... Il n'était pas évident de consacrer trois cents pages à ce territoire improbable, ce « pays de la désolation heureuse », sous prétexte que « Courlande » a une belle sonorité !Voici pourtant un livre qui démarre au quart de tour. Non pas à la manière d'un thriller, mais avec beaucoup de douceur. La magie opère dès les premiers paragraphes, grâce à une écriture limpide, sans la moindre fioriture. Une écriture très charnelle, cependant, qui vous fait palper les objets, goûter le vent, saisir chaque regard. Dans un précédent livre, La Chambre noire de Longwood (La Table ronde, 1997), Jean-Paul Kauffmann livrait son secret : « Sentir, humer. Absorber les bruits, les odeurs, les images. C'est le dépôt qui se forme sur le passé qui me passionne. La coloration, le vernis qui recouvrent les objets et les lieux. »A ceux qui l'auraient oublié, rappelons que l'auteur de Courlande, enlevé en mai 1985 à Beyrouth par le Djihad islamique, avait passé trois ans dans une geôle libanaise. Le journaliste gai et insouciant qu'il était ne pouvait en ressortir indemne. Cette épreuve a fait de lui un écrivain ultrasensible, attiré par des lieux de haute solitude.Enfant, en Bretagne, Jean-Paul Kauffmann avait fait une fixation sur les îles Kerguelen, sans y être jamais allé. Un voyage dans ce bout du monde a donné, en 1993, L'Arche des Kerguelen (Flammarion), une exploration intérieure autant que géographique. Courlande, lui aussi, vient de loin. Ce livre est né d'une liaison amoureuse, à la fin des années 1960, au Québec. Elle devait avoir beaucoup de charme, cette Mara, qui avait tourné la tête à l'auteur ! Canadienne ? Oui, mais originaire de Courlande.Bien des années plus tard, Jean-Paul Kauffmann croisera par hasard d'autres personnes liées, d'une manière ou d'une autre, à cette mystérieuse région de Lettonie, où le futur Louis XVIII s'était deux fois exilé après la Révolution. La Courlande abonde en châteaux et manoirs. Un ami, qui dirige un magazine touristique, lui suggère d'y faire un reportage. Pourquoi pas ? L'auteur part sur place avec son épouse, Joëlle, sachant qu'on attend de lui une apparence d'objectivité : « Il faut que les paysages rutilent. Les monuments doivent faire réfléchir. Il est indispensable que les personnages soient à la fois pittoresques et singuliers. Mais pas trop... » Or, il sait depuis longtemps que la vérité est peu vraie et, dans ce cas précis, son but est tout autre. « Je suis parti, écrit-il, à la recherche d'un nom. Je me suis lancé à la poursuite d'un souvenir. »Ce reportage ne sera jamais publié, en raison de la faillite du magazine. L'écrivain remettra la Courlande dans un tiroir de sa mémoire, où s'entasseront pêle-mêle des souvenirs et des impressions, comme un magasin d'antiquités mal rangé. Jusqu'au jour où des événements inattendus donneront naissance à ce livre...La Courlande n'est pas un pays rêvé, comme l'Italie, qui permettrait au voyageur de se confronter à ses lectures, à ses idées préconçues ou à ses fantasmes. Elle ne dit rien à personne. C'est l'anti-Italie en quelque sorte. A la lisière du monde slave et du monde germanique, ce malheureux territoire n'a cessé d'être envahi par ses voisins russes et allemands. Lors de la seconde guerre mondiale, il a goûté à l'occupation nazie, avant de tomber sous le joug de l'Union soviétique, qui a laissé son empreinte dans les têtes, comme sur les bâtiments et les objets. « Toujours cette morne solennité, ce minimalisme aride et lugubre, vestiges de l'ère communiste », note le voyageur. Même les fameuses demeures des barons baltes se sont comme vidées de l'intérieur : « ces châteaux ne règnent plus ».Accompagné de son épouse, au volant d'une Skoda rouge, l'auteur ouvre des yeux effarés. La côte courlandaise est vide et venteuse, sans rien qui retienne le regard. « Et toujours cette lumière terne sur une plaine liquide qui ressemble à de la cendre. » La Courlande cherche son identité, mais elle n'est même pas sûre de son existence. « Vous débarquez ici et prétendez donner une réalité à un pays qui a cessé d'être », lui lance une lectrice de français.Sur le modèle de Stendhal, Jean-Paul Kauffmann ne prétend pas dire les choses, mais raconter les sensations qu'elles ont engendrées. Il compte sur les rencontres de hasard et sait admirablement les exploiter. Avec lui, nous cherchons en vain « le Résurre cteur », cet homme qui sillonne la Courlande pour remuer la terre, exhumer le passé, retrouver les dépouilles de militaires allemands et de « malgré-nous » alsaciens. Chaque rencontre inattendue - ou manquée - donne vie à un chapitre qui semblait parti de rien.« J'AVAIS TOUT LOUPÉ »Le voyageur ne trouve pas ce qu'il cherche. D'ailleurs, que cherche-t-il exactement ? Se serait-il trompé de saison ? « La vérité de ce pays, c'est l'hiver », lui explique un Allemand érudit et déroutant, qu'il rencontre sur place. Jean-Paul Kauffmann prolongera donc son séjour, lui qui n'aime pas la neige. Sera-t-il plus avancé pour autant ?« Jamais voyage n'avait été plus frustrant pour moi, constate-t-il. Finalement, j'avais tout loupé. » Mais, de ce fiasco, justement, va naître un livre superbe, dont chaque mot semble avoir été cueilli avec amour. Car il y aura un second voyage, dont l'auteur ne nous dit pas un mot, mais qui nourrira le récit du premier. Cette alchimie s'appelle littérature.
Le Monde des livres, 24 avril 2009

 

 

 

 

Dernières nouvelles

9 décembre 2009
Le prix du livre européen a couronné pour sa 3ème édition, dans la catégorie romans Gottland de Mariusz Szczgiel publié aux éditions Actes Sud et L’Europe pour les nuls de Sylvie Goulard publié aux éditions First.

3 novembre 2009

Le jury du prix du livre européen s’est réuni à Bruxelles et a retenu quatre romans et quatre essais

Les romans

Ceux qui marchent dans les villes de Jean-François Dauven (Belgique)
Courlande de Jean-Paul Kauffmann (France)
Gottland de Marius Szczygiel (Pologne)
Street without name, Kapka Kassabova (Bulgarie)

Les essais
Der Erste riss in der Mauer, Andreas Oplatka (Hongrie)
La constitution européenne en vers, collectif de poètes belge (Belgique)
Les empires coloniaux européens, Henri Wesseling (Pays-Bas)
L’Europe pour les nuls, Sylvie Goulard (France)

Le prix du livre européen sera remis le 9 décembre 2009 à 18h au Parlement européen à Bruxelles et sera suivi, à 20h30, d'une soirée théâtrale et musicale au Théâtre Varia.

Lauréats 2009

Gottland

Roman

Gottland de Mariusz Szczygiel , éditions Actes Sud.

 


Europe pour les nuls

Essai

L’Europe pour les nuls de Sylvie Goulard, éditions First

Consultez la revue de presse

 

Lauréat 2008

Après-guerre, une histoire de l'Europe depuis 1945

de Tony Judt

Tony Judt nous convie à une étude fine et éclairée des principales évolutions politiques, économiques, sociales et culturelles, à l’échelle du continent ou du pays. Au total, c’est une sorte de biographie d’un continent qui s’efforce après un passé dramatique, de se reconstruire et de tracer de nouveau sa route. Les analyses de l’auteur
sont éclairantes, toujours originales, pleines de fulgurance. Elles ne nous laissent pas indifférents et nous invitent à relire avec un regard neuf cette longue période de l’histoire (1945-2005) que l’on croit pourtant familière.

Editions Armand Colin

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